Bons baisers de Russie 2/2

Shaman rock. Baikal

Lors du dernier article, l’auteur nous a laissé aux portes du Lac Baïkal. Découvrons-le avec lui. 

Voici le Lac Baikal, où notre vue, pourtant déjà mise à tout épreuve, est troublée : face à ce qui est presque une mer intérieure, comment ne pas rester contemplatif devant la pureté et la transparence de l’eau ? Comment ne pas se perdre dans ce décor sauvage, où la faune et la flore ont à peine besoin d’être protégées tant la nature n’y a jamais cédé ses droits ? La réponse sort de la bouche de ses occupants : installer manufactures ou usines dans cet endroit perdu au sud de la Sibérie est si peu pratique que même le camp de goulag qui y existait a dès la fin du régime soviétique été abandonné par les autorités, au lieu d’être converti en un autre établissement.

Près de la frontière mongole et habité en minorité par des Caucasiens, la «Perle de Sibérie » se situe sur une terre bouriate, ethnie indigène restée inféodée aux Mongols sous Gengis Khan, et dont les traditions ont résisté au temps et aux tentatives d’uniformisation des régimes politiques successifs. Peuple simple et fier, il a su garder le goût de la nature, des chevaux, celui des maisons en bois et des iourtes, préservant ainsi de la meilleure façon possible son environnement. Curieux, il accueille sans méfiance l’étranger occidental, dont il ne se méfie pas tant il en a peu vu, et dont il fête la venue à coup d’alcool de cerise. Observer ses rites ancestraux permet de mieux comprendre l’atmosphère mystique qui habite la région : peuplée d’arbres couverts de rubans et au pied desquels sont déposés des offrandes aux esprits de la nature, elle est le berceau du chamanisme.

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Faire un tour sur l’île d’Olkhon, la plus grande du lac, vous permettra de vous rendre au temple shaman, lieu hautement sacré et connu mondialement par les adeptes du culte. Vous trouverez à son Nord, dans le village de Khuzhir, des maisons d’artistes où écrivains, musiciens ou peintres russes viennent profiter de cette ambiance pour y puiser leurs inspirations. Passez-y quelques nuits, pour assister à leur réunion, ou pour vous promener dehors en haut d’une colline, depuis laquelle on aperçoit, perdues dans le noir, les faibles lueurs des cabanes au bord du lac. Les journées, profitez-en pour prendre de l’omoul, ce poisson délicieux à la chair tendre et qu’on trouve en abondance. La journée vous croiserez dans les villages plusieurs vacanciers dans cette zone hautement prisée par les Russes, notamment en raison de sa faible capacité d’accueil. Vous profiterez de la multitude d’activités qui s’offrent à vous : un tour en kayak, une promenade à cheval, une randonnée à pied, ou encore une exploration de l’île à vélo. Prenez dès lors votre appareil photo, car cette dernière vous révèlera une chose amusante : la région, très particulière comparée à la culture nationale dans son ensemble, est pourtant à l’image de la Russie : disproportionnée. En effet, la vue du paysage est assez étonnante : parsemées de collines dont la taille est extravagante, leur dénivelé vous biaisera toute notion de perspective, et un point qui vous semblera être à 5km se révèlera beaucoup plus loin. Le soir, après une journée longue d’activités, prenez un plat de Kacha, ces céréales noires réputées, et détendez vous aux banias, ces bains de vapeurs chaude à l’issue desquels, après quelques coup de branches de bouleau mouillées, la peau nettoyée et assouplie, vous pourrez plonger une tête dans l’eau froide du Baïkal.

 Khuzhir,_Olkhon_Island

Aller au Lac Baïkal, c’est faire le choix de découvrir la Russie depuis l’une de ses particularités, qui pourtant la caractérise fortement, c’est explorer une culture qui est d’autant plus intéressante qu’elle trop méconnue, c’est parcourir des lieux rendus irréalistes par leur spécificité, c’est séjourner dans un endroit original qui allie le calme des régions éloignées et la qualité d’accueil des vacanciers.

Publié par Hanna

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